Semaine spécial commerce équitable. Aujourd'hui, 4ème et dernier épisode de notre périple au pays du commerce équitable : les grands groupes internationaux et le commerce équitable.

Et les multinationales dans tout cela ? Leur attitude est en pleine mutation actuellement. Attardons nous sur le marché du café qui constitue le marché test du commerce équitable sachant que 3 à 4% des ventes de café en France sont équitables.

Les géants de l'agro-alimentaire regardaient d'un oeil sceptique, voire arrogant les acteurs du commerce équitable qui s'inscrivaient dans une démarche de développement durable. Il semblerait que Peter Brabeck-Letmathe, directeur général de Nestlé, ait déclaré lors de l’Open Forum de Davos de 2003 : "Le développement durable est facile à définir : si votre arrière-grand-père, votre grand-père et vos enfants restent des consommateurs fidèles de Nestlé, alors nous avons travaillé de façon durable. Et ceci est le cas de plus de cinq milliards de personnes dans le monde."

La caution "commerce équitable" fait vendre et les multinationales commencent à comprendre que le consommateur moyen s'y intéresse de plus en plus. Le commerce équitable n'est plus un concept vaseux pour les écolos altermondialistes. Sur le plan des actions en faveur du commerce équitable, les multinationales en prennent acte avec plus ou moins de sens : certaines vendent du "commerce équitable allégé", d'autres jouent complètement le jeu. D'un côté, Kraft Foods se tourne vers un dérivé de commerce équitable. En septembre 2005, en France, Kraft Foods a lancé une gamme de café Jacques Vabre estampillé "café responsable" avec signature "un café pour agir". Dans cette quête de respectabilité, le logo de l'ONG américaine "Rain Forest" faisait partie de l'arsenal marketing. Pourtant, si cette ONG, partenaire de Kraft, oeuvre effectivement en faveur de l'environnement, elle ne joue aucun rôle dans le commerce équitable dont les standards établis par Max Havelaar font référence. En effet, Kraft Foods ne garantit nullement un prix d'achat mini aux petits producteurs. Ce café est "responsable" mais surement pas "équitable". De l'autre côté de la Manche, en Angleterre, au même moment (!), Nestlé a lancé son premier café soluble équitable "Partner's Blend". La certification de son équitabilité a été apportée par FLO (Fair Trade Foundation), organisation internationalement reconnue pour son sérieux.

Même si certains géants de l'agro-alimentaire emprutent des chemins de travers, je doute qu'ils puissent échapper longtemps à l'attrait du commerce équitable. Ils se tourneront logiquement vers les pionniers du commerce équitable pour rentrer sur ce marché. Dès lors, il y aura 2 types de réactions : certains pionniers seront intégrés par ces multinationales, trop contents de pouvoir soit montrer la voie, soit faire une plus-value financière non négligeable et les pionniers qui continueront de faire cavaliers seuls pour défendre leurs valeurs en toute indépendance. Faites vos jeux : qui sera fidèle aux valeurs du commerce équitable ?

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